Reconnaissance du Doctorat en Biologie : le silence de Marisol Touraine
Après avoir contribué à la reconnaissance du métier d’Ingénieur de Recherche Hospitalier Bac+8, le SNSH demandait que l’expertise doctorale puisse également être pleinement reconnue dans le domaine de la biologie hospitalière.
En 2015, le SNSH venait d’obtenir une avancée importante : l’identification, dans la famille « Recherche Clinique », du métier d’ Ingénieur de Recherche Hospitalier, correspondant à des fonctions de niveau doctoral Bac+8.
Cette reconnaissance résultait notamment du travail conduit depuis 2013 par le SNSH avec la Mission d’Études Impact Métiers et Masse Salariale du ministère de la Santé.
Dans le même cadre, le syndicat avait proposé une autre fiche métier : « Scientifique Expert en Biologie ».
L’objectif était d’obtenir, dans le domaine de la biologie hospitalière, la reconnaissance de fonctions scientifiques de haut niveau correspondant aux compétences et à l’expertise acquises notamment par le doctorat.
Le Flash Info n°23 du SNSH retrace la reconnaissance du métier d’Ingénieur de Recherche Hospitalier Bac+8 et la distinction établie avec l’Ingénieur d’Études Hospitalier Bac+5.
Lire « Le doctorat fait son entrée dans la Fonction publique hospitalière » →
Le métier de « Scientifique Expert en Biologie » refusé
En parallèle du métier d’ Ingénieur de Recherche Hospitalier niveau Bac+8 — doctorat dont le SNSH avait obtenu la reconnaissance l’année précédente dans la famille « Recherche Clinique », nous avions soumis à la Mission d’Études Impact Métiers et Masse Salariale du ministère de la Santé une fiche métier de « Scientifique Expert en Biologie ».
Ce métier a été officiellement refusé par l’ Observatoire National des Emplois et Métiers de la Fonction publique hospitalière.
Le motif officiel avancé
Mme la ministre de la Santé indiquait :
« Le répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière (FPH) qui vient de faire l’objet d’une actualisation validée par l’Observatoire National des Emplois et des Métiers de la Fonction Publique Hospitalière, identifie le métier d’ingénieur en biologie médicale. Ainsi les scientifiques en biologie médicale qui exercent dans le milieu hospitalier bénéficient d’une meilleure lisibilité en termes de métier et de compétences. »
Pour le ministère, l’existence du métier d’Ingénieur en biologie médicale était donc présentée comme apportant une réponse suffisante à la question de l’identification professionnelle des scientifiques exerçant dans ce domaine.
« Trois métiers pour les scientifiques en milieu hospitalier suffisent ! »
Le SNSH contestait précisément cette logique consistant à considérer qu’un nombre prédéfini de métiers suffirait à couvrir la diversité des fonctions scientifiques réellement exercées dans les CH et CHU.
Pourquoi le SNSH contestait-il cette réponse ?
Pour le syndicat, le métier d’ Ingénieur en biologie médicale et celui de Scientifique Expert en Biologie ne répondaient pas nécessairement au même niveau d’expertise ni aux mêmes fonctions.
Le raisonnement s’inscrivait directement dans celui qui avait conduit à distinguer :
- l’Ingénieur d’Études Hospitalier, correspondant à un niveau Bac+5 ;
- et l’Ingénieur de Recherche Hospitalier, associé au niveau doctoral Bac+8 et à des fonctions plus poussées de conception, d’expertise et d’innovation.
Le SNSH estimait donc que la même logique devait pouvoir être appliquée dans le domaine de la biologie.
Fonctions d’ingénierie en biologie médicale, développement et adaptation de méthodes ou technologies, gestion et optimisation des plateaux techniques.
Le référentiel actuel indique un niveau de formation Bac+5 : Master scientifique ou diplôme d’ingénieur en biologie.
Métier proposé afin d’identifier des fonctions scientifiques de très haut niveau exercées en biologie : expertise, innovation, conception, développement, technologies nouvelles et activités scientifiques complexes.
La revendication s’inscrivait dans une logique de reconnaissance du niveau doctoral Bac+8.
Métier déjà reconnu dans le champ de la recherche clinique, associé aux fonctions de conception, recherche, innovation et développement de haut niveau.
Il constituait pour le SNSH la démonstration qu’un niveau de fonctions correspondant au doctorat pouvait être identifié dans la FPH.
Le Répertoire des métiers de la santé et de l’autonomie comporte toujours le métier d’ Ingénieur en biologie médicale.
Sa fiche le définit notamment comme chargé de mettre en œuvre et d’optimiser l’organisation des plateaux techniques et de développer ou adapter de nouvelles méthodes ou technologies en biologie médicale.
La formation indiquée est actuellement de niveau 7 — Bac+5 : Master scientifique ou diplôme d’ingénieur en biologie.
Le référentiel prévoit parallèlement comme passerelle possible le métier d’Ingénieur de Recherche Hospitalier.
Cela confirme l’existence de plusieurs niveaux de fonctions scientifiques et d’ingénierie en biologie, sans pour autant créer un métier autonome portant aujourd’hui le nom de « Scientifique Expert en Biologie ».
Consulter la fiche actuelle « Ingénieur en biologie médicale » →Huit mois sans réponse de la ministre
Le SNSH avait adressé le 18 mars un courrier à Mme la Ministre sur cette question.
Huit mois plus tard, aucune réponse n’avait encore été reçue.
Le syndicat décidait donc de saisir à nouveau Marisol Touraine.
Le SNSH écrivait notamment :
« Nous vous demandons que soient réellement appliqués, dans les faits, les engagements de Monsieur le Président de la République quant à la reconnaissance du Doctorat.
La décision de ne pas reconnaître le métier de “Scientifique Expert en Biologie” nous semble totalement arbitraire.
La reconnaissance du métier de “Scientifique Expert en Biologie” ne portera pas atteinte ni aux prérogatives — déjà importantes — ni à l’exercice professionnel des médecins et pharmaciens biologistes.
Le SNSH ne demandait pas que les Docteurs en Sciences deviennent médecins biologistes, pharmaciens biologistes ou titulaires par équivalence d’une autre profession réglementée.
Il demandait la reconnaissance d’un espace professionnel propre aux scientifiques hautement qualifiés exerçant dans la biologie hospitalière.
Ces professionnels pouvaient intervenir notamment dans :
- la recherche et le développement ;
- la conception de nouvelles méthodes ;
- l’innovation technologique ;
- l’expertise scientifique ;
- l’analyse et la modélisation ;
- les plateformes de haute technicité ;
- la formation et le transfert de connaissances ;
- le développement de nouvelles approches diagnostiques.
Ces fonctions scientifiques sont distinctes des prérogatives professionnelles réservées aux biologistes médicaux.
La logique défendue : à expertise différente, reconnaissance différente
Le raisonnement du SNSH était cohérent avec la distinction déjà obtenue dans la recherche clinique.
L’Ingénieur d’Études et l’Ingénieur de Recherche n’étaient pas confondus simplement parce qu’ils exerçaient tous deux dans le domaine scientifique.
Leur distinction reposait notamment sur :
- le niveau d’expertise ;
- l’autonomie ;
- la conception ;
- la capacité d’innovation ;
- le pilotage de projets complexes ;
- la production de connaissances ou de technologies nouvelles.
L’existence d’un métier d’ingénieur Bac+5 ne devait pas empêcher de reconnaître des fonctions scientifiques de niveau doctoral lorsqu’elles existaient réellement dans les établissements.
Le droit a depuis renforcé la reconnaissance de l’expérience doctorale
L’article L412-1 du Code de la recherche prévoit aujourd’hui que les concours et procédures de recrutement des corps et cadres d’emplois de catégorie A doivent être adaptés, dans les conditions prévues par leurs statuts particuliers, afin d’assurer la reconnaissance des acquis de l’expérience professionnelle résultant de la formation à la recherche et par la recherche lorsqu’elle est sanctionnée par un doctorat.
Le même article prévoit également que les statuts particuliers déterminent les modalités de prise en compte de cette expérience professionnelle lors du classement.
Le doctorat ne doit pas être considéré uniquement comme un diplôme universitaire supplémentaire : la formation à la recherche et par la recherche produit une expérience professionnelle reconnue par le législateur.
« Le silence de Marisol Touraine »
Le titre de cet article traduisait la frustration du SNSH face à l’absence de réponse ministérielle pendant plusieurs mois.
Le syndicat avait pourtant déjà obtenu, sur un autre volet, une avancée importante avec la reconnaissance du métier d’Ingénieur de Recherche Hospitalier.
Il estimait donc légitime que les fonctions scientifiques de haut niveau exercées dans le domaine de la biologie puissent elles aussi faire l’objet d’une identification professionnelle adaptée.
La relance de la ministre s’inscrivait dans cette continuité : faire passer la reconnaissance du doctorat des déclarations de principe aux réalités professionnelles de l’hôpital.
En 2026 : le nom du métier n’est plus le seul enjeu
Plus de dix ans après cette démarche, la question posée par le SNSH peut être reformulée de manière plus large.
L’enjeu est moins seulement de savoir si un métier doit porter le nom exact de « Scientifique Expert en Biologie » que de vérifier si les professionnels de niveau doctoral exerçant des fonctions d’expertise en biologie bénéficient effectivement :
- d’un positionnement correspondant à leur niveau de qualification ;
- d’une reconnaissance de leur expérience scientifique ;
- d’un statut ou d’un cadre d’emploi adapté ;
- d’une rémunération cohérente avec leurs fonctions ;
- d’une véritable progression de carrière ;
- d’un accès aux fonctions de recherche et d’ingénierie de niveau 8.
C’est reconnaître qu’un établissement hospitalier peut avoir besoin, à côté des professionnels médicaux et médico-techniques, de scientifiques de niveau doctoral chargés de recherche, d’expertise, d’innovation, de développement et d’ingénierie en biologie.
L’enjeu est que ces fonctions trouvent une traduction réelle dans les carrières de la Fonction publique hospitalière.
Docteurs dans la FPH : état des lieux 2026 →Pour aller plus loin
L’avancée obtenue par le SNSH avec la reconnaissance du métier d’Ingénieur de Recherche Hospitalier Bac+8.
Lire l’article →Le Flash Info n°24 consacré notamment à la place des scientifiques de haut niveau dans la biologie hospitalière.
Lire le Flash Info →Reconnaissance juridique, niveau 8, fonctions scientifiques, classement, rémunération et carrières.
Lire l’analyse actuelle →Fonctions, statuts, rémunérations et carrières des personnels scientifiques et de recherche hospitalière.
Consulter le dossier →Références actuelles
Après avoir contribué à faire reconnaître le métier d’Ingénieur de Recherche Hospitalier Bac+8, le SNSH souhaitait appliquer la même logique à la biologie hospitalière.
La proposition de « Scientifique Expert en Biologie » visait à reconnaître des fonctions scientifiques de haut niveau qui ne se confondaient ni avec celles du technicien de laboratoire, ni avec les prérogatives professionnelles des médecins ou pharmaciens biologistes.
Le SNSH l’écrivait expressément : cette reconnaissance ne devait porter atteinte ni aux prérogatives ni à l’exercice professionnel des biologistes médicaux.
La revendication portait sur un autre espace : celui des Docteurs en Sciences Bac+8 exerçant des fonctions d’expertise, de recherche, d’innovation, de conception et d’ingénierie en biologie hospitalière.
En 2026, le métier d’Ingénieur en biologie médicale existe toujours dans le Répertoire des métiers, avec un niveau de formation Bac+5, tandis que l’Ingénieur de Recherche Hospitalier constitue une passerelle identifiée vers des fonctions de recherche de niveau supérieur. La question posée par le SNSH demeure donc pertinente : comment reconnaître pleinement, dans la carrière hospitalière, l’expertise scientifique de niveau doctoral lorsqu’elle s’exerce dans le domaine de la biologie ?