Depuis le 12 août 2026, une nouvelle étape est franchie dans l’élargissement des compétences des infirmiers en pratique avancée (IPA). Les IPA peuvent désormais accéder à la formation réglementaire leur permettant, dans deux situations cliniques strictement définies et après réalisation d’un test rapide d’orientation diagnostique (TROD), de prescrire un traitement antibiotique.
L’arrêté du 7 août 2026 vient ainsi lever le dernier obstacle réglementaire à l’exercice d’une possibilité de prescription inscrite dans les textes depuis 2025.
Attention toutefois : il ne s’agit pas d’un droit général donné aux IPA de prescrire des antibiotiques. Les molécules, les situations cliniques, les conditions de prescription et la formation préalable sont précisément encadrées.
Une possibilité ouverte en 2025, mais conditionnée à une formation
L’élargissement des compétences des IPA trouve notamment son origine dans la loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé.
Le décret n° 2025-55 du 20 janvier 2025 a ensuite précisé les conditions de l’accès direct et des prescriptions initiales des IPA.
L’arrêté du 25 avril 2025 est venu modifier l’arrêté de référence du 18 juillet 2018 en élargissant les produits de santé et prestations que les IPA sont autorisés à prescrire.
Parmi ces nouvelles possibilités figuraient certains traitements antibiotiques pour des infections identifiées à l’aide de tests rapides d’orientation diagnostique.
Mais cette possibilité restait conditionnée au suivi d’une formation spécifique dont les modalités devaient encore être définies par arrêté.
C’est désormais chose faite avec l’arrêté du 7 août 2026, publié au Journal officiel du 11 août.
Deux situations cliniques et deux antibiotiques
Le dispositif est strictement limité à deux situations.
Cystite aiguë simple : fosfomycine-trométamol
La fosfomycine-trométamol peut être prescrite pour traiter une cystite chez la femme âgée de 16 à 65 ans, sans facteur de risque de complication, lorsque les conditions prévues par le logigramme réglementaire sont réunies.
Angine bactérienne : amoxicilline
L’amoxicilline peut être prescrite pour traiter une angine bactérienne à strepto-test positif chez le patient âgé de 10 ans ou plus, là encore sous réserve du respect de l’ensemble des critères réglementaires.
Il ne s’agit donc absolument pas d’une autorisation générale de prescription antibiotique.
L’IPA doit respecter le logigramme correspondant à la situation clinique, rechercher les critères d’exclusion et les signes de gravité et, lorsque la situation dépasse le cadre réglementaire ou clinique de sa prise en charge, orienter le patient vers un médecin.
Une formation qui apprend aussi à ne pas prescrire
C’est probablement l’un des aspects les plus importants du dispositif.
La formation n’a pas seulement pour objectif d’apprendre à choisir et prescrire un antibiotique. Une part importante de son contenu consiste à déterminer dans quelles situations l’IPA ne doit pas poursuivre seul la prise en charge.
L’arrêté comporte ainsi deux logigrammes décisionnels, consacrés respectivement à l’angine et à la cystite.
Pour l’angine
L’IPA doit notamment maîtriser :
- les signes et symptômes ;
- les principaux diagnostics différentiels ;
- les critères d’exclusion et les signes de gravité ;
- l’examen des amygdales ;
- le score de Mac Isaac ;
- la réalisation et l’interprétation du TROD ;
- les situations nécessitant une orientation médicale.
La formation aborde également les éléments susceptibles de modifier ou d’exclure la prise en charge : âge, évolution des symptômes, grossesse, immunodépression, insuffisance rénale sévère, difficultés respiratoires, anomalies cervicales ou amygdaliennes, traitements en cours ou contre-indications.
Pour la cystite
La formation porte notamment sur :
- les signes et symptômes de la cystite aiguë simple ;
- les principaux diagnostics différentiels ;
- les critères d’exclusion ;
- les situations nécessitant une réorientation vers un médecin ;
- le logigramme de prise en charge ;
- l’utilisation et l’interprétation du test urinaire d’orientation diagnostique.
Le test doit permettre de rechercher au minimum la nitriturie et la leucocyturie.
Dans les deux situations, la logique est donc claire : permettre une prescription lorsque toutes les conditions sont réunies, mais aussi identifier rapidement les patients qui doivent relever d’une prise en charge médicale.
Angine : jusqu’à quatre heures de formation
Pour l’angine à streptocoque du groupe A, le parcours comprend :
- une partie théorique d’une durée maximale de trois heures, pouvant être réalisée en e-learning ;
- une partie pratique d’une durée maximale d’une heure, en présentiel ou en classe virtuelle.
Le programme porte notamment sur :
- les signes et symptômes et les diagnostics différentiels ;
- les critères d’exclusion et signes de gravité ;
- l’utilisation du logigramme décisionnel ;
- l’examen des amygdales ;
- le score de Mac Isaac ;
- la réalisation et l’interprétation du TROD ;
- le bon usage des antibiotiques ;
- la lutte contre l’antibiorésistance ;
- les molécules utilisables ;
- les posologies et durées de traitement ;
- les voies d’administration ;
- les allergies et contre-indications ;
- les effets indésirables et précautions d’emploi ;
- la traçabilité ;
- le partage des informations avec le médecin traitant.
Deux cas pratiques complètent le parcours.
Cystite : deux heures de formation
Pour la cystite aiguë simple, le parcours comprend deux séquences d’une heure.
La première porte notamment sur :
- les signes et symptômes ;
- les diagnostics différentiels ;
- les facteurs d’exclusion ;
- les situations nécessitant une orientation médicale ;
- la maîtrise du logigramme de prise en charge.
La seconde est consacrée notamment :
- à la prescription ;
- au bon usage des antibiotiques ;
- à la lutte contre l’antibiorésistance ;
- aux posologies ;
- aux contre-indications ;
- aux effets indésirables ;
- à la traçabilité ;
- au partage des informations avec le médecin traitant.
Deux cas pratiques sont également prévus.
Une validation à 8 bonnes réponses sur 10
Dans les deux parcours, la validation de la formation repose sur un QCM de dix items.
Pour l’angine, il porte notamment sur :
- les critères d’exclusion ;
- le score de Mac Isaac ;
- l’interprétation du TROD ;
- les conditions de prescription.
Pour la cystite, il porte notamment sur :
- les critères d’exclusion ;
- l’interprétation du test urinaire d’orientation diagnostique ;
- les conditions de prescription.
L’IPA doit valider au moins huit items sur dix.
Une attestation est alors délivrée par l’organisme de formation dans les conditions prévues par l’arrêté.
Cette attestation constitue un élément essentiel : la publication de l’arrêté ne signifie donc pas que tout IPA peut, depuis le 12 août, prescrire immédiatement ces antibiotiques. Il doit préalablement satisfaire aux exigences de formation ou bénéficier d’une dispense prévue par le texte.
Un médecin associé à la conception et à la formation
Le cahier des charges prévoit également un encadrement médical.
Un médecin doit être associé en qualité de concepteur et de formateur.
Les modalités concrètes de son intervention restent libres, mais l’organisation retenue doit permettre à un médecin de répondre, dans un délai de 48 heures, aux questions des participants relevant de sa compétence.
À défaut, le formateur peut être un IPA attestant avoir été préalablement formé par un médecin.
Cette exigence s’applique aux deux parcours.
Des dispenses pour les IPA déjà formés
Le nouveau dispositif tient compte des compétences déjà acquises par certains IPA dans le cadre des protocoles de coopération.
L’article 2 de l’arrêté prévoit ainsi une dispense de tout ou partie de la formation pour les IPA ayant déjà suivi et validé certaines formations antérieures.
Quatre situations sont expressément visées :
- la formation prévue par l’arrêté du 9 mars 2023 concernant la prise en charge de patients présentant une odynophagie ;
- la formation prévue par l’arrêté du 9 mars 2023 concernant la pollakiurie et les brûlures mictionnelles non fébriles chez la femme de 16 à 65 ans ;
- la formation prévue par l’arrêté du 17 juin 2024 concernant l’odynophagie ;
- la formation prévue par l’arrêté du 17 juin 2024 concernant la pollakiurie et les brûlures mictionnelles non fébriles.
La dispense peut être totale ou partielle.
Le fait d’avoir participé à l’un de ces dispositifs ne doit donc pas être interprété comme entraînant systématiquement une dispense intégrale : il convient de déterminer les compétences déjà acquises et celles qui restent, le cas échéant, à valider.
Les IPA peuvent également réaliser les TROD concernés
Le dispositif ne porte pas uniquement sur la prescription.
L’arrêté du 7 août 2026 confirme également que les IPA peuvent réaliser les tests rapides d’orientation diagnostique mentionnés par les textes, sous réserve notamment des exigences réglementaires applicables et du marquage CE.
L’ensemble forme donc une chaîne de prise en charge :
évaluation clinique → recherche des critères d’exclusion → réalisation du TROD → interprétation → prescription éventuelle → information et traçabilité.
À chaque étape, l’existence d’un critère d’exclusion ou d’une situation dépassant le cadre prévu doit conduire à une prise en charge adaptée et, lorsque cela est nécessaire, à une orientation médicale.
Ce que cela change concrètement pour les établissements
La publication de l’arrêté lève le dernier obstacle réglementaire lié à l’absence de cadre de formation.
Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à rendre cette nouvelle compétence effective dans chaque établissement.
Les établissements doivent désormais notamment :
- identifier les IPA susceptibles d’exercer cette compétence ;
- organiser leur accès aux formations requises ;
- examiner les éventuelles dispenses liées aux formations déjà suivies ;
- permettre la réalisation de ces formations dans les conditions professionnelles applicables ;
- organiser l’accès aux TROD et leur approvisionnement ;
- sécuriser les circuits de prescription ;
- organiser la traçabilité ;
- assurer le partage des informations avec le médecin traitant ;
- articuler cette compétence avec les organisations et protocoles déjà existants.
La question de la formation ne doit notamment pas être renvoyée au seul agent.
Dès lors que l’établissement entend mobiliser cette compétence dans son organisation des soins, les conditions permettant effectivement à l’IPA de l’exercer doivent être anticipées et organisées.
Une avancée pour les IPA, mais une prescription strictement encadrée
L’arrêté du 7 août 2026 constitue une étape supplémentaire dans l’évolution du rôle des infirmiers en pratique avancée.
Il ne crée toutefois pas un droit général de prescription des antibiotiques.
Le dispositif demeure strictement limité :
- à deux situations cliniques ;
- à des traitements déterminés ;
- à des patients répondant aux critères prévus ;
- à la réalisation et à l’interprétation d’un TROD ;
- au respect des logigrammes réglementaires ;
- à une formation préalable validée ou à une dispense reconnue.
Cette évolution doit donc être comprise comme une extension ciblée et sécurisée de l’autonomie clinique des IPA, et non comme une généralisation de la prescription antibiotique infirmière.
Pour le SNSH, l’enjeu se situe désormais également dans les établissements.
Reconnaître réglementairement une nouvelle compétence constitue une première étape. Encore faut-il que les professionnels disposent du temps, de la formation, des outils et de l’organisation nécessaires pour pouvoir réellement l’exercer dans de bonnes conditions.
Textes de référence
- Arrêté du 7 août 2026 fixant les modalités de formation spécifique des infirmiers en pratique avancée pour la prescription de traitements antibiotiques pour des infections identifiées à l’aide de tests rapides d’orientation diagnostique, publié au Journal officiel du 11 août 2026.
- Arrêté du 25 avril 2025 modifiant l’arrêté du 18 juillet 2018 fixant les listes permettant l’exercice infirmier en pratique avancée en application de l’article R.4301-3 du Code de la santé publique.
- Décret n° 2025-55 du 20 janvier 2025 relatif aux conditions de l’accès direct aux infirmiers en pratique avancée.
- Loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé.
- Articles L.4301-1, L.4301-2, R.4301-1 et R.4301-3 du Code de la santé publique.
Article mis à jour au 12 août 2026. Les règles présentées correspondent aux textes en vigueur à cette date.