Docteurs sur le marché du travail : le grand angle mort de la Fonction publique hospitalière
En 2017, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche publiait une étude nationale sur l’emploi des docteurs. Le SNSH alertait alors sur une réalité largement invisible : celle des Docteurs en Sciences travaillant dans les CH et CHU, souvent recrutés sur des emplois ne traduisant pas pleinement leur niveau doctoral.
En 2017 : une étude nationale sur l’emploi des docteurs
Le ministère publiait alors une étude intitulée « La situation des docteurs sur le marché du travail ».
Elle dressait un panorama national de l’insertion professionnelle des titulaires d’un doctorat.
Ce que disait le ministère en 2017
La note rappelait qu’en France, environ 200 000 personnes âgées de 25 à 64 ans étaient alors titulaires d’un doctorat.
Elle soulignait également que les docteurs travaillaient majoritairement dans l’enseignement et la recherche, avec des débuts de carrière parfois difficiles.
Le ministère indiquait notamment que, à caractéristiques comparables, les docteurs avaient des probabilités plus élevées que les diplômés Bac+5 d’accéder aux emplois supérieurs et très supérieurs.
Ce constat était important : il reconnaissait la valeur professionnelle spécifique du doctorat par rapport au seul niveau Master.
La réaction du SNSH : où sont les docteurs hospitaliers ?
Cette formulation historique traduisait le décalage ressenti entre les constats généraux du ministère et la réalité observée dans les établissements hospitaliers.
Le SNSH rencontrait en effet de nombreux docteurs recrutés dans les CH et CHU comme :
- Techniciens supérieurs hospitaliers ;
- ingénieurs hospitaliers ;
- ingénieurs principaux ;
- ou agents contractuels sur des fonctions très diverses.
Or ces intitulés administratifs ne permettent pas nécessairement de mesurer le niveau scientifique réel des fonctions exercées.
L’angle mort : le diplôme est visible, le positionnement professionnel beaucoup moins
Une statistique nationale peut identifier une personne comme titulaire d’un doctorat.
Mais elle ne dit pas nécessairement :
- si son poste correspond réellement à un niveau 8 ;
- si son doctorat a été pris en compte lors du recrutement ;
- si ses années de recherche ont été reconnues ;
- si sa rémunération est cohérente avec son niveau d’expertise ;
- si son classement reflète réellement ses fonctions ;
- ou s’il exerce des missions de recherche de très haut niveau sous un intitulé administratif inférieur.
Être « en emploi » ne signifie pas nécessairement être correctement reconnu dans son emploi.
Depuis 2019, la différence entre Master et Doctorat est beaucoup plus clairement définie
Le décret n°2019-14 du 8 janvier 2019 a créé le cadre national actuel des certifications professionnelles.
Cette réforme a permis de distinguer clairement :
Le niveau 7 correspond à la capacité d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies dans des contextes professionnels complexes.
Le niveau 8 correspond à la résolution de problèmes complexes et nouveaux, à la mobilisation des savoirs les plus avancés et à la conception et au pilotage de projets et processus de recherche et d’innovation.
Le diplôme national de doctorat est expressément classé au niveau 8.
Le Répertoire hospitalier permet aujourd’hui de mieux lire cette différence
La distinction défendue historiquement par le SNSH entre Ingénieur d’Études et Ingénieur de Recherche est désormais particulièrement structurante.
Ingénieur d’Études Hospitalier — niveau 7
Le métier est centré sur l’adaptation et la mise en œuvre d’évolutions technologiques ou organisationnelles préexistantes.
Ingénieur de Recherche Hospitalier — niveau 8
Le métier est centré sur la conception, la recherche, l’innovation et le développement de solutions nouvelles.
Le doctorat certifie aujourd’hui des compétences professionnelles spécifiques
L’arrêté du 22 février 2019 relatif aux compétences des diplômés du doctorat a renforcé cette lecture.
Le doctorat certifie notamment la capacité à :
- produire des connaissances scientifiques nouvelles ;
- développer une expertise scientifique de haut niveau ;
- identifier les limites des connaissances existantes ;
- concevoir des démarches de recherche et développement ;
- conduire des projets complexes ;
- travailler dans des environnements interdisciplinaires ;
- valoriser et diffuser les résultats de la recherche.
Le droit reconnaît désormais explicitement le doctorat comme une qualification professionnelle de niveau 8, avec des compétences propres.
Que disent les données récentes sur l’emploi des docteurs ?
Les données ministérielles les plus récentes concernant les docteurs diplômés en 2020 indiquent qu’environ 94 % sont insérés professionnellement trois ans après leur thèse.
Environ 74 % travaillent dans la recherche publique ou privée.
Après correction méthodologique publiée en juillet 2026, le taux d’emploi stable est de 66,1 %.
Ces chiffres confirment que le doctorat constitue une qualification fortement valorisée sur le marché du travail.
Mais ces données ne suffisent toujours pas à mesurer la situation dans la FPH
Le problème identifié par le SNSH en 2017 reste donc méthodologiquement pertinent.
Une enquête sur l’insertion des docteurs renseigne très bien :
- le taux d’emploi ;
- la stabilité de l’emploi ;
- le secteur d’activité ;
- le niveau cadre ;
- la recherche publique ou privée.
Mais elle ne permet pas toujours de mesurer finement :
- le grade ou corps réellement détenu dans la FPH ;
- le métier réellement exercé ;
- la correspondance entre missions et niveau 8 ;
- le niveau de rémunération comparé aux responsabilités ;
- la reconnaissance de l’expérience doctorale ;
- la sous-classification éventuelle.
2017–2026 : ce qui a changé
| 2017 | 2026 |
|---|---|
| Doctorat souvent décrit comme Bac+8 | Doctorat officiellement classé niveau 8 |
| Différence Master / Doctorat encore mal lisible | Niveaux 7 et 8 juridiquement distincts |
| Compétences doctorales peu formalisées | Compétences du doctorat définies par arrêté |
| IR Bac+8 reconnu dans le Répertoire hospitalier | IR officiellement positionné niveau 8 |
| Docteurs hospitaliers peu visibles statistiquement | Problème de positionnement professionnel toujours pertinent |
La position du SNSH en 2026
Le taux d’emploi ne suffit pas à apprécier la qualité du positionnement professionnel.
Pour un Docteur en Sciences exerçant dans la FPH, il faut également examiner :
- le niveau réel des missions ;
- le métier de référence ;
- le corps ou le contrat ;
- le classement ;
- la reprise d’expérience ;
- la rémunération ;
- les perspectives de carrière.
Docteur recruté technicien ou ingénieur : pourquoi l’intitulé administratif ne suffit pas
Le SNSH signalait déjà en 2017 des docteurs recrutés comme techniciens supérieurs hospitaliers, ingénieurs hospitaliers ou ingénieurs principaux.
Ces situations doivent aujourd’hui être analysées à partir du contenu réel des fonctions.
Niveau de qualification
Le doctorat relève officiellement du niveau 8.
Niveau du métier
Les fonctions peuvent relever d’une fiche de niveau 7 ou de niveau 8 selon leur contenu réel.
Situation statutaire
Corps, grade ou contrat doivent être distingués du métier réellement exercé.
Les dossiers SNSH à consulter
Reconnaissance juridique, niveau 8, classement, fonctions, rémunération et carrière.
IR, IE et autres métiers scientifiques hospitaliers.
Métier 15F30, niveau 8, doctorat, statut et rémunération.
Métier 15F40, niveau 7, Master, missions et positionnement.
Les articles historiques du SNSH
- Doctorat à l’hôpital — réponse de Najat Vallaud-Belkacem
- Rendez-vous du SNSH au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
- Réaction du SNSH aux déclarations de Najat Vallaud-Belkacem
- Doctorat : interpellation de Najat Vallaud-Belkacem
- Rencontre avec Yves Lévy — ministère de l’Enseignement supérieur
Sources officielles
- SIES — La situation des docteurs sur le marché du travail, février 2017
- SIES — Insertion professionnelle à trois ans des docteurs diplômés en 2020
- Décret n°2019-14 du 8 janvier 2019 — cadre national des certifications professionnelles
- Code du travail — article D.6113-19
- Arrêté du 22 février 2019 — compétences des diplômés du doctorat
En 2017, le ministère montrait déjà que les docteurs bénéficiaient, à caractéristiques comparables, d’un avantage pour accéder aux emplois les plus qualifiés.
Le SNSH soulignait pourtant une réalité largement invisible dans cette approche : les Docteurs en Sciences travaillant dans les CH et CHU pouvaient être recrutés sur des positions ne traduisant pas leur niveau réel de qualification et d’expertise.
Depuis, le droit a considérablement progressé : Doctorat = niveau 8, compétences doctorales formalisées, distinction IE niveau 7 / IR niveau 8, reconnaissance de l’expérience professionnelle issue de la recherche.
Mais la question posée en 2017 reste d’actualité : un docteur peut être très bien inséré sur le marché du travail tout en étant insuffisamment reconnu dans sa carrière hospitalière.